"Serais-je ce soir avec toi, tapis quelque part dans l'ombre de la salle, ou caché dans les coulisses, suivant le spectacle comme un voleur? Il suffit d'y croire"

"Serais-je ce soir avec toi, tapis quelque part dans l'ombre de la salle, ou caché dans les coulisses, suivant le spectacle comme un voleur? Il suffit d'y croire"
Je traverse un grand champ de coquelicots. Le vent se lève, et les fait danser. Tapis sanglant.
Si je me retourne je vois, loin derrière moi, les oliveraies que je traversais il y a quelques jours encore. L'air chaud les soulève, donne l'impression d'une marrée bicolore, car les feuilles d'olivier sont vert-de-gris sur leur dessus et vert-de-blanc sur leur dessous. Le ciel s'assombrit doucement.
Je sens encore l'odeur méditerranéenne qui se dégage de tout ceci. Avec une nuance, cette fois. Serait-ce l'odeur de sel ? Le vent m'annonce la mer.
La mer.
Je cours, je suis transporté, les tiges de coquelicots, que j'arrache par poignées entières, me flagellent les jambes.

Me voilà au sommet d'une dune. Je me laisse rouler dans le sable chaud et me redresse un peu plus loin. Le contact de l'eau salée me régénère. Je suis brûlant de fatigue, mes vêtements en haillons, mes yeux rougis par le voyage.
Le vent du large fait chanter la forêt, loin derrière.
Le ciel se couvre, peint à l'aquarelle de toutes les teintes du gris.
Il se met à pleuvoir.
J'écarte les bras, baisse la tête en arrière, boit la pluie battante. Je suis plongé dans l'eau jusqu'à hauteur du bassin.
Je plonge.
Assourdis par le tintement metallique des gouttes à la surface de l'eau. L'eau m'enveloppe. Flotte.
Je suis comme un poisson dans sa maison.
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# Posté le mardi 23 mai 2006 12:23

Modifié le mardi 23 mai 2006 15:04

Les fidèles sont toujours récompensés

Je suis un électron
Bombardé de protons,
Le rythme de la vie
C'est ça mon vrai patron!
Je suis chargé
D'électricité!
+++++++++++++++++++
Les fidèles sont toujours récompensés

# Posté le lundi 01 mai 2006 12:41

Modifié le lundi 16 juillet 2007 11:21

[Encart réactionnel]

Sentez-vous cette odeur de souffre?
Voyez-vous toute cette cendre et toute cette boue?
Entendez-vous ces lourds tambours dans le lointain?
Le ciel est rouge et la terre noire!
Voilà qui ne présage rien de bon ...

"C'est d'une haine digne à être écrite en lettre de feu dans les arcanes de l'humanité que je vous parle.

Une rage bestiale s'est emparée de mon être,
Me plongeant dans un état asentimental, neutre, nihiliste,

Je ne suis plus rien,
Rien qu'un réservoir de violence, un déchainement brutal, un cri désarticulé, un râle de rage, du rouge et du noir, des R et des A,
Rien qu'un réservoir de sang, puisque c'est du sang que l'on nous demande, nous en tapisseront les murs de votre temple, et nous nous y laverons de nos pêchés.

Avec force, la vie venait de nous prouver une fois de plus que nous n'avons à attendre de sa part, rien d'autre que des choix cornéliens imposés par des Dieux cruels et inconnus, rien d'autre que de la souffrance pour apaiser les plaies des moins malades d'entre nous.

Plus rien ne m'est,
Même la douleur m'est à présent étrangère, car le moi que vous connaissez s'en est allé pour laisser place à l'autre, au vrai, à celui qui sert les dents en vous regardant des ses yeux de braise,
Même la mort, car dans la rage on reste accroché à la vie, et l'on se bat seul contre tous, contre ce grand rien qui surplombe nos existences, contre la quête insensée de ramener la Lune, contre tout.

La civilisation qui nous berçait s'est averée être un leurre, et sous ce masque nous avons découvert notre véritable identité : des ongles, des glaires, des muscles, des nerfs. Notre haine viscérale de toute la création fut décuplée alors que nous découvrions que là était la véritable nature de tout homme : c'est dans la violence primitive que se révèle nos vrais visages, ceux que nous aimons être."

Plus personne n'était dupe lorsque Cassandre faisait ce genre de discours. La haine ne lui allait pas. Si elle feignait d'entrer dans une grande colère, tous comprenaient que c'était un grand désespoir qui l'accablait. Elle était malheureuse. Dépourvue d'armes, une fois de plus, devant l'absurdité de son monde. Etrangère parmi les étrangers.

[...]

Est-ce le présage d'un ère nouvelle?

[...]

Y'a-t-il quelqu'un pour répondre?

# Posté le dimanche 22 janvier 2006 04:22

Modifié le dimanche 22 janvier 2006 04:36

Clapier [6]

*

Cassandre et William venaient de quitter la forêt pour déboucher sur la grande allée, encore bien loin de l'escalier qui mène à la ville. Ils avaient tant flâné que la nuit commençait à tomber. Les premiers brûlots de certaines tours s'embrasèrent, les coiffant des couronnes de feu. Plus bas, on voyait les trajets du fleuve Amour et du fleuve Jaune scintiller dans l'obscurité naissante.

- Je me suis toujours demandé, Cassandre, ...
- Dites-moi.
- Comment diable deux fleuves peuvent-ils prendre leur source au bord de la mer ?
- Voyons, William, ne posez pas de questions idiotes !
- Comme j'aime cet endroit, répliqua-t-il en riant.

Le conducteur d'une calèche les dépassa en les saluant. Ils entendirent encore longtemps les cliquetis de sa lanterne vacillante. Quelques points épars et multicolores s'allumèrent dans la ville. Comme tous les soirs, l'allumeur de réverbères faisait bien son travail.

- Il est l'heure.
- Que voulez-vous dire ?
- Je pense, Cassandre, qu'il est temps de nous endormir.
- ...
- Je reviendrais. Souvent.

Et il partit.

# Posté le jeudi 05 janvier 2006 12:25

Clapier [5] / Notes du Professeur Harold L. Livingstone

Pourtant nul ne semblait connaître la nouvelle Reine, elle était inconnue aux yeux de tous. Elle affirmait avoir toujours été là, à jouer du piano dans la forêt, à attendre que son époux vienne la chercher. Tout le monde se satisfit de cette explication. On l'appela Absente, car elle devait l'être pour quelqu'un. Elle devint bien vite la muse de tous les poètes, tant elle dégageait une aura mystérieuse, et les citoyens la surnommèrent Dame aux Saisons. Son apparence suivait en effet les mêmes transformations que connaît la nature. Ses cheveux, par exemple. Noir de jais en hiver, ils s'éclaircissaient en brun au printemps pour devenir blond comme les blés en été, brunissaient vers le roux en automne pour enfin retrouver leur noirceur hivernale. Ses yeux, toujours rieurs, suivaient aussi une évolution cyclique : bleu froid en hiver, bleu azur au printemps, presque blanc au meilleur de l'été, et une étrange et douce nuance de gris en automne.
Absente mit au monde dix-neuf garçons, chaque fois pendant l'hiver. Ils héritèrent tous de la présence hivernale de leur mère et de la grande sérénité de leur père. Ils se ressemblaient tant qu'arrivés à l'âge adulte nul n'aurait pu les différencier. Lorsque le dernier naquit, une des trois fées qui se pencha sur son berceau, à court d'idée, lui fit dont de la promesse d'une petite s½ur. Et en effet, l'automne suivant, Absente accoucha prématurément d'une petite fille. On l'appela Cassandre, car ses yeux étaient grands ouverts, et elle agitait ses petits bras comme si elle avait un message à délivrer. Avec les années, on s'aperçut que la cadette de la famille royale réunissait toutes les beautés de sa mère en une seule saison.
Après la naissance de sa fille, Absente parti se balader quelques jours en forêt, comme à son habitude. Elle ne revint pas. On raconte qu'en traversant une roseraie sauvage, elle aurait croisé un mur isolé au milieu du chemin sur lequel était peint un trompe-l'½il. Se prêtant au jeu d'y croire, elle s'y serait fondue pour ne plus revenir.
Humbert, ne pouvant plus supporter ce nouveau drame, s'en alla avec ses dix-neuf fils dans le fol espoir de racheter toutes les fautes de l'humanité. Aujourd'hui encore on peut croiser ceux que l'on appelle désormais les guerriers du pardon, parcourant à cheval le pays à la recherche d'âmes en peine à secourir. Parfois, l'un d'entre eux s'arrête pour fonder une nouvelle ville.
Le Royaume était à nouveau privé de souverain. Cassandre était encore bien trop jeune que pour se trouver un époux, mais les règles étaient intransigeante : pour pouvoir régner sur les Terres d'Alaska, il faut être marié. Dans l'urgence, il fut décidé de changer de régime et de passer sous Empire. C'est ainsi que Cassandre devint la première Impératrice des Terres d'Alaska.
Je me permets d'ajouter que s'il est bien une certitude que j'ai acquise, c'est que la famille régnante n'a aucune fonction politique. J'irais même plus loin en disant que la notion de politique est ici totalement ignorée, le pays se gère de lui-même.

Pr. Harold L. Livingstone
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# Posté le jeudi 05 janvier 2006 11:27